J’ai toujours eu l’ambition de publier des formats plus légers via cette newsletter. Écrire de longs sujets demande un temps fou et explique en partie leur longue absence ces derniers mois. Si je veux tenir ma résolution de continuer à publier régulièrement ici, j’avais besoin d’une letter chill. D’où la naissance de « La Passerelle » : une letter où vous trouverez mes marottes culturelles du moment, soit les articles, les films, la musique et toutes les choses qui m’ont marquée récemment.
Pour tout vous dire, j’ai déjà deux newsletters prêtes après celles-ci et si je dois les entrecouper de Passerelle(s) à chaque fois, la régularité de toutes les deux semaines ne sera peut-être pas la plus opportune. Disons que j’ai un peu peur d’arriver vraiment après coup, façon machine à remonter le temps. Du coup je vous laisse le choix :
Avec une letter par semaine, je peux vous envoyer La Passerelle entre chaque grosse letter. Avec une toutes les 2 semaines, peut-être que La Passerelle sera une letter épisodique, quand le cœur m’en dit.
Hâte de finir dans vos « enregistrés » 🙊
J’ai trouvé intéressante cette interview de Jonathan Anderson pour System magazine. Il revient sur sa première année en tant que designer à la direction créative de l’ensemble des collections Dior. Oui, elle est sortie il y a deux mois, mais les gens qui me connaissent savent que j’ai du mal à regarder des vidéos sur YouTube — et à écouter des podcasts. C’est de plus en plus rare de trouver ces interviews où l’on a l’impression d’honnêteté de la part du designer. Ici, Anderson parle de ses rapports avec les clientes, des réactions suscitées par ses premières collections et de l’héritage de la maison. Il faut dire aussi que la conversation est menée par Tim Blanks — que je devrais recommander plus souvent à mes étudianxtes — qui a quand même le chic pour poser des questions importantes, comme le décalage de style entre la première collection de prêt-à-porter de Jonathan Anderson pour Dior et sa collection Haute Couture.
In a strange way, you have to believe that you’re right, even when you’re not. I also believe in keeping your head down and working hard. - Jonathan Anderson
C’est important de laisser aussi la parole à un designer. Dans le vacarme des conversations et des take sur les réseaux sociaux, on perd souvent le sens de l’écoute directe. Cela ne veut pas pour autant dire qu’on doit prendre tout ce qui est dit pour argent comptant, mais c’est intéressant. Notamment de l’entendre expliquer la différence entre grandir avec une marque dont on n’attendait rien (Loewe) et d’arriver au sein d’une marque déjà parfaitement installée (Dior). Et si vous en redemandez : ici, une conversation entre Jonathan Anderson et Delphine Arnault menée par THEE Jo Ellison pour The Financial Times.
Ces dernières semaines, je bosse sur plein de projets différents et d’articles, mais ça sortira en temps voulu. Sorry pour l’auto-promo, mais j’avais envie de partager avec vous un article écrit pour Numéro.com sur l’expo Africa Fashion qui se tient actuellement au Musée du quai Branly. J’ai fait le tour de l’expo au moment du vernissage — ce qui est toujours une très mauvaise idée, je me le dis à chaque fois — et j’ai eu l’occasion d’interviewer Christine Checinska, la commissaire d’exposition, par Zoom il y a quelques semaines. L’expo était pour moi l’occasion de revenir un peu sur certains sujets, à l’instar de termes comme « décolonial » ou « créolisation », mais aussi sur des questions de représentation et, bien entendu, de mode.
Placer la mode africaine dans différents contextes impacte autant l’exposition que l’espace qui l’accueille. Mon espoir est que sa présence à Paris suscite de nouveaux débats sur la notion de ‘capitale de la mode’, mais aussi sur la collection du Quai Branly et sur la manière dont on peut la revisiter. - Christine Checinska
Le papier reflète aussi, je pense, un changement en cours dans mon écriture même si je ne saurais pas encore vraiment le décrire. J’espère en tout cas que l’article vous plaira 👀
Je ne sais pas comment je suis tombée sur cet essai, mais j’ai bien aimé le lire. Dans Designers as Colonizers in Downtown Cairo: A Brief Critique of 6901, @Jellyshit.jpg dénonce une tendance selon laquelle « le design devient un outil de colonisation culturelle, utilisant le langage du patrimoine, de l’authenticité et de la nostalgie pour transformer la pauvreté et la lutte urbaines en « ambiances » consommables ». Je n’ai malheureusement jamais visité le Caire et je ne connais pas l’espace cité en exemple, mais je trouve que l’article reflète bien la naissance d’esthétiques cannibales qu’on observe partout dans le monde.
J’ai adoré cette interview de Solange par l’artiste Theaster Gates pour Pin-Up magazine. Elle y parle de l’essence de Saint Heron : à savoir la transmission des archives noires existantes, mais aussi de celles à venir. Ces dernières années, je reviens souvent à l’idée de « penser en cathédrale », découverte dans le livre The Good Ancestor de Roman Kznaric, soit penser à ce que l’on n’a pas pour le présent, mais en ayant en tête deux ou trois générations à venir. C’est vertigineux de se dire que l’architecte d’une cathédrale savait, en lançant son chantier, qu’il ne verrait jamais son œuvre finale, et je pense qu’on gagnerait tous un peu plus à penser ainsi. Solange dit d’ailleurs :
Everyone needs to slow the hell down. We require slowness. I was willing to be more flexible on that in the past, but I am no longer able to really compromise on that because our health and our wellness have to come first. For us to know where we’re going, we have to be present. We need the time to process what can stand behind in 40 years or 100 years. - Solange Knowles
Ce portrait de Pietrangelo Buttafuoco, président de la Biennale de Venise, qui secoue le monde de l’art avec des choix qui ne coïncident pas toujours avec son côté « conservateur ». La raison pour laquelle je partage cet article est que je suis partagée : d’une part, je trouve la figure fascinante et, de l’autre, je me méfie de la capacité qu’ont certains médias à faire l’autruche à l’égard de certaines personnes affiliées à l’extrême droite, dès lors qu’elles semblent trouver de la valeur dans la culture dominante. Mais je vous laisse libre de vous faire votre propre avis.
Cette vidéo sur la bibliothèque d’Alexandrie et la raison de sa disparition, notamment celle de certains ouvrages. Ada Palmer, l’historienne interrogée, explique que, puisque la copie était majoritairement réalisée par des moines, c’est ce qui explique le choix de préserver des auteurs en lien avec la religion. Mais elle parle également de l’arrivée d’une nouvelle technologie : l’impression. C’est passionnant, je trouve, et j’aurais adoré suivre Ada Palmer, mais elle n’a pas de réseaux sociaux.
Pierre-Marie Macaigne a écrit une letter dans laquelle il revient sur l’histoire du Birkin transparent. J’en ai déjà parlé sur Substack, mais j’aime beaucoup sa newsletter, qui explore l’histoire matérielle et écrite de la mode à travers sa presse magazine, certaines pièces, mais aussi les lookbooks — auxquels il a consacré l’une de ses letter récentes. J’aime beaucoup, car c’est une manière différente et accessible d’approcher la mode, mais aussi son histoire, portée par un insider.

J’ai une passion immodérée pour Hans Ulrich Obrist — je recommande à nouveau sa biographie, l’une des choses les plus inspirantes lues l’an dernier — et une copine m’a envoyé cette interview de lui à propos de la nouvelle exposition qu’il a mise en place pour la Biennale de Venise. Intitulée « Strange Rules », elle tente de déterminer le concept de « protocol art » ou « art protocolaire », soit des œuvres pour lesquelles les algorithmes, les IA, les plateformes et les infrastructures technologiques permettent de produire, de distribuer, de percevoir la culture à l’ère digitale… mais aussi de créer la possibilité pour une audience d’y participer. « What excites me is that it continues this idea of building bridges between disciplines. I’ve always felt that there is a divide between the humanities and science, between art and technology, and that it is important to bring these fields together », explique Obrist.
Bref, je m’organise déjà pour débarquer à Venise.


Je lis dernièrement, par petits bouts, le Lonely City d’Olivia Laing qui célèbre ses dix ans cette année. Gallimard l’a d’ailleurs récemment traduit et, par la même occasion, lancé sa nouvelle collection « Hors Fiction », dont j’adore la DA. J'aime beaucoup l’écriture de Laing, qui est, selon moi, une excellente autrice — je vous avais recommandé il y a peu The Silver Book, que j’ai dévoré durant les vacances de Noël. Bref, Lonely City parle du moment où elle a décidé de s’installer à New York par amour et, of course, elle se fait larguer et ghoster dès qu’elle arrive (un plot contemporain donc mdr), mais décide de rester pour ne pas aggraver le sentiment d’échec (relatable). C’est donc à la fois sa découverte de New York et une exploration de la solitude à travers l’art. Là, j’ai glissé un extrait où elle parle d’Hopper qu’elle m’a fait redécouvrir. J’aime trop quand tu connais déjà quelque chose et qu’on te fait l’aimer encore plus (et j’éprouve une haine viscérale pour les gens qui te font regretter d’aimer la même chose qu’eux vu la manière dont ils en parlent).



Kimberlé Crenshaw publie ses mémoires et les médias américains lui ont déjà consacré des articles. D’un côté, on a The Cut qui a mené une interview et de l’autre, un portrait du The New Yorker. J’ai uniquement lu le second car j’y suis abonnée — la vie, c’est des choix mdr. Le papier du New Yorker dresse le portrait de Crenshaw à travers « intersectionality» et « critical race », deux termes qu’elle a imposés dans l’espace politico-médiatique américain (même si pas seulement) et qui sont aujourd’hui les cibles principales du backlash porté par le parti républicain et les conservateurs/white suprémacistes.
J'ai beaucoup aimé lire ce papier du BoF sur la Blazymania qui relance les ventes de Chanel. Une manière de doucement glousser des gens qui disaient que Matthieu Blazy chez Chanel ne vendrait pas parce que trop éloigné de la consommatrice 🙊 Autant je suis d’accord pour dire qu’internet n’est pas toujours représentatif de la réalité, autant quand on a vu des dames faire des vidéos pour dire qu’elles prenaient l’avion pour aller acheter un sac à main dans un autre pays je pense qu’on peut parler sans trop avoir peur mdr J’ai notamment bien noté ce passage qui rappel qu’on ne fait pas de bénéfices sans investissement, notamment dans l’amélioration des produits :
The house increased investments by nearly half in 2024, and has since maintained a high level. Last year’s investments included $700 million in manufacturing, including leather goods after reports of diminished quality weighed on the brand. Other investments were made in client relations, including events, while half of capital investments went towards distribution, with the opening of 41 new stores, in China and Japan as well as Mexico.

Avez-vous entendu parler des Florida Highwaymen ? J’ai découvert leur travail via ce post sur Substack et depuis, j’ai du mal à me sortir leurs peintures à l’huile de la tête. Derrière ce nom, un collectif d’environ vingt-six peintres noirs, dont une femme, qui, du milieu des années 1950 jusqu’aux années 1980, ont dû se faire un nom loin des institutions durant la période ségrégationniste. À cette époque, rares étaient les galeries à accepter les œuvres d’artistes noires, d’autant plus dans le Sud des États-Unis. Ce qui ne deviendra qu’a posteriori un mouvement — certains peintres ne se reconnaissant d’ailleurs pas dans ce terme, proposé par l’historien Jim Fitch qui a « découvert » leurs œuvres — tient au fait qu’ils vendaient leurs tableaux depuis le coffre de leur voiture, pour environ 25 dollars.
J’ai sillonné les routes pour vendre mes tableaux. Si j’en avais trente ce jour-là, je les vendais tous. Impossible de vendre nos toiles en galerie ; il fallait les vendre directement depuis le coffre de la voiture, le long des routes, dans les motels et les cabinets médicaux. - Al Black, un Highwaymen dans un podcast pour NPR
Difficile aujourd’hui d’imaginer les conditions de vente, souvent en bord de route, devant ces créations qui dépeignent des scènes de nature où palmiers et couchers de soleil se mêlent à des vagues déferlantes. Sous leurs pinceaux, la nature semble vivante, presque irréelle, et j’ai, pour la première fois, envie de découvrir la Floride (qu’on nous vend depuis dix ans comme le paradis des retraités. On a connu meilleur argument de vente, mdr). Je crois que ces peintures m’ont plu parce qu’elles m’évoquent la peinture haïtienne — mais il est aussi probable que mon manque de connaissances sur le sujet me pousse à être réductrice. Peut-être que leur point commun, hormis les couleurs saturées, tient aussi à la description naïve que l’on fait de ces peintures, qui s’arrachent pourtant aujourd’hui jusqu’à 10 000 dollars. Peut-être aussi que ces paysages me touchent parce qu’ils ressemblent désormais à des souvenirs, témoins d’une nature aujourd’hui menacée.















